Le chavisme victorieux

Le chavisme vient de gagner les élections régionales. Une claire et
surprenante victoire… Il était annoncé à l’agonie, victime de
l’incurie des dirigeants, de la faillite économique, financière, de la
corruption générale, du pillage, de la violence partout, de « la famine
qui s’installe », du manque de tout…

Manque de tout ? Il reste cependant l’espoir vivant d’une vie meilleure
(qui avait commencé à poindre), et ce malgré les innombrables
difficultés de la vie quotidienne, et la stratégie de « guerre
économique » de l’opposition, de plus en plus tiraillée entre les
« ouvertement putchistes » et les plus pragmatiques, qui ont participé
au scrutin… Le peuple vénézuélien n’a pas la mémoire courte, il
connaît bien l’impérialisme, version démocrate ou républicaine, sait que
le faucon Trump veut en découdre avec ce qu’il reste d’acquis sociaux,
de souveraineté nationale… Ceci dit, l’impatience et l’exigence
populaires envers les autorités, grandissent.

A l’heure où nous écrivons, en accordant au chavisme, ce dimanche la
majorité aux élections régionales (pour les gouverneurs des Etats), le
Venezuela populaire n’a pas fait cependant un chèque en blanc au
président Maduro, mais signifié avec force qu’il ne veut pas de la
« revanche sociale » programmée et engagée par « l’opposition », mais
d’une sortie de crise, d’une amélioration, par les chavistes, d’un
quotidien austère, épuisant.

Des élections régionales, au Venezuela comme ailleurs, sont toujours
moins clivées que des élections générales, certes… Des facteurs
locaux, personnels, jouent un rôle dont il convient de tenir compte,
mais difficile à quantifier. Quoi qu’il en soit, ce premier test
politique avant les élections générales de 2018 montre que le chavisme,
à la recherche d’un nouvel élan, n’est  « pas mort », comme le
prétendaient les ex sociaux-démocrates et l’ultra droite. Alliés. Il
résiste et marque même des points.

Au terme de ces régionales, le chavisme obtiendrait 61,4% des votants
(18 millions d’inscrits) et 17 gouverneurs d’Etat sur 23. Le pourcentage
des votants est supérieur à celui des dernières régionales, malgré le
contexte de forte tension politique et de crise économique majeure.

Ce résultat, cette victoire, selon de nombreux observateurs, prouvent
que le président Maduro a regagné une partie du capital populaire perdu.
Le très symbolique Etat de Miranda, présidé par Capriles,
leader de l’opposition, à l’heure où nous écrivons, serait passé au
chavisme. Nul doute que l’opposition va une nouvelle fois crier à la
fraude mais la consultation s’est déroulée dans le calme, sans
incidents, en toute transparence et démocratie; un bilan confirmé par
des centaines d’observateurs internationaux.

L’opposition anti-chaviste reste divisée, négative, agressive, et sans
véritable programme alternatif autre que la déstabilisation. L’espoir
peut « renaitre » à Caracas. D’en bas.

Jean Ortiz