Un embargo pétrolier sur le Venezuela est-il possible?

L’intensification des mesures prises contre le gouvernement légitime du Venezuela par des pays comme les États-Unis et certains pays alliés de la région signifie que les exportations pétrolières vénézuéliennes risquent de plus en plus d’être totalement sous embargo. Cela épuiserait à court terme le plus grand accès des devises étrangères à l’économie vénézuélienne; cependant, cela aurait aussi d’importants inconvénients pour l’économie américaine, et bien sûr, bien que cela ne soit pas sur la table stratégique des États-Unis, un grand coût pour la population vénézuélienne.

Qu’est-ce qui est visé par un embargo pétrolier?

Pour les pays où le pétrole est l’une des principales entrées de devises, l’embargo s’oppose à un secteur stratégique de l’économie et constitue fondamentalement une mesure politique visant à déstabiliser l’économie et la politique, sapant une nation considérée comme « ennemie » ou « hostile » pour réaliser un « changement de régime » à court ou moyen terme. Lorsque de telles mesures sont prises, le coup d’État économique touche toute la population et son gouvernement.

L’embargo pétrolier vient s’ajouter à l’embargo militaire décrété récemment par l’Union européenne, aux sanctions économiques mises en œuvre par les États-Unis à l’encontre des grandes figures politiques vénézuéliennes et au blocus financier. Il existe également des institutions telles que le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale (BM) et des organismes tels que les Nations Unies (ONU) et l’Organisation des États américains (OEA), qui confèrent une légitimité à la communauté internationale.

Des embargos similaires ont été appliqués par les États-Unis contre l’Irak, l’Iran et la Syrie ces dernières années, avec des revendications similaires, car ce sont tous des pays qui disposent de grandes réserves pétrolières avec lesquelles les États-Unis n’ont pas eu les meilleures relations. Avec l’embargo, comme on l’a déjà dit, on cherche un changement de gouvernement, mais en fin de compte, ce qu’on veut, c’est avoir un contrôle réel sur les ressources énergétiques de nature stratégique (pétrole, gaz, etc.) par le biais d’un gouvernement fantoche des États-Unis. (Lire: USA, embargos pétroliers et Venezuela.)

Importance du pétrole brut vénézuélien aux États-Unis

Malgré la baisse des importations ces dernières années, le Venezuela continue d’être le troisième fournisseur de pétrole brut lourd des États-Unis, devancé seulement par le Canada et l’Arabie saoudite. En outre, le Venezuela possède la sixième plus grande raffinerie américaine, CITGO, la filiale de PDVSA aux États-Unis, qui approvisionne la côte ouest sur le territoire américain. Les sanctions américaines imposées à PDVSA ont affecté les activités de CITGO[1], entravant l’accès au crédit et compliquant l’achat de pétrole destiné à la transformation parce que les fournisseurs de CITGO sont moins disposés à le vendre avec un crédit ouvert et exigent un paiement anticipé.[2] L’American Fuel & Petrochemical Manufactures (AFPM) a récemment déclaré que la possibilité d’un embargo pétrolier sur le Venezuela les obligerait à s’approvisionner auprès d’autres fournisseurs, ce qui aurait une incidence directe sur la production de dérivés du pétrole et provoquerait une hausse du prix du pétrole aux États-Unis découlant de la baisse de l’offre à l’importation et de l’augmentation des coûts de transport. Les pays qui pourraient fournir l’approvisionnement sont le Canada, le Mexique et la Colombie, bien que l’AFPM signale des difficultés pour le transport à partir du Canada. Les raffineries concernées seraient Phillips 66, Valero Energy et Chevron.

Les données les plus récentes sur les importations de pétrole brut vénézuélien par les États-Unis montrent une baisse depuis plusieurs années, atteignant actuellement le niveau minimum de 2003 à l’époque du sabotage total du pétrole contre le gouvernement de l’ancien président Hugo Chávez (comme le montre le graphique ci-dessous). D’autre part, le niveau des importations américaines de produits pétroliers en provenance du Venezuela s’est maintenu proche de ceux de 2010. C’est toutefois vrai, avec des hausses et des baisses continues et loin des niveaux atteints en 2006 selon les données de l’EIA.

Source: U.S. Energy Information Administration

 

Les États-Unis peuvent-ils remplacer les importations vénézuéliennes par une augmentation de l’extraction par fracking?

La fracturation hydraulique est la méthode qui a permis ces dernières années aux Etats-Unis d’augmenter leurs niveaux d’extraction pour être très proches des deux plus grands producteurs au monde: la Russie et l’Arabie Saoudite. Le fracking consiste à briser la roche pour libérer le pétrole et le gaz piégés dans celle-ci en injectant un cocktail d’eau et de produits chimiques qui ont un impact majeur sur la contamination du sol (au moins 260 produits chimiques présents dans environ 197 produits, dont certains sont hautement toxiques).

Cette méthode d’exploitation a de nombreux détracteurs pour les dommages qu’elle cause à l’environnement naturel et à la santé humaine, y compris aux Etats-Unis, mais il est vrai que la corrélation des forces dans cette bataille est extrêmement inégale et qu’elle est équilibrée du côté des compagnies pétrolières soutenues par la vision stratégique du gouvernement américain.

Toutefois, malgré ces hausses des niveaux d’extraction, il est crucial de savoir pourquoi, malgré la forte hausse des extractions américaines, elle doit toujours importer du pétrole brut d’autres pays. La raison est que la production locale est trop légère et doit être mélangée à du pétrole lourd qui n’est pas présent dans le sous-sol américain. D’où vient dès lors le pétrole lourd? Dans le cas des États-Unis, de ses trois principaux fournisseurs: le Canada, l’Arabie saoudite et le Venezuela.

Par conséquent, l’augmentation continue du nombre d’exploitations par fracking aux États-Unis, ainsi que des volumes d’extraction de pétrole brut, ne suffirait pas à remplacer les importations en provenance du Venezuela et un autre fournisseur devrait être recherché, ce qui entraînerait une augmentation des coûts déjà mentionnés ci-dessus et limiterait la substitution totale de la production vénézuélienne à court et moyen terme.

Scénarios possibles pour un embargo total ou partiel

  • Interdiction d’importer du pétrole brut vénézuélien dans les raffineries américaines. Dans ce scénario, le Venezuela serait directement affecté dans ses revenus, avec une perte d’environ 4 380 millions de dollars. PDVSA serait contrainte de délocaliser ses exportations principalement vers le marché asiatique (Chine et Inde). Le coût du transport réduirait également les avantages pour PDVSA.[3]
  • Interdiction de l’activité pétrolière vénézuélienne sur le territoire des États-Unis. L’objectif de ce scénario est le CITGO, qui subit déjà des restrictions financières. Il serait interdit à CITGO d’utiliser du pétrole brut mexicain ou canadien pour maintenir ses raffineries en exploitation. Cette mesure affecterait ses opérations, la valeur de marché et le rapatriement des bénéfices à sa société mère, PDVSA. Dans ce scénario, la mesure peut même conduire à la vente de CITGO ou à sa confiscation.[4] CITGO exploite trois des plus grandes raffineries de pétrole aux États-Unis, qui ont une capacité totale de 750 000 b/j, y compris une importante raffinerie régionale près de Chicago. CITGO a fourni 15 milliards de gallons d’essence aux États-Unis en 2015.[5] Plusieurs raffineries qui s’approvisionnent en pétrole vénézuélien ont déjà commencé à concevoir des façons de consommer du pétrole brut américain comme solution de rechange. Selon Jonn Auers, vice-président de Turner Mason & Co, la mesure a été prise pour « anticiper une interruption ».[6]
  • Interdiction d’exporter du pétrole brut léger des États-Unis vers le Venezuela en vue d’être mélangé à la production nationale. Les États-Unis sont le plus grand fournisseur du Venezuela.[7] Au cours des sept dernières années, les exportations américaines de pétrole vers le Venezuela ont subit d’importantes fluctuations. Les plus importantes exportations ont été enregistrées en décembre 2012 avec 6 111 000 barils. Le niveau le plus bas a été atteint en juin 2016 avec 741 mille barils. L’année 2017 s’est terminée avec 3 480 000 barils exportés des États-Unis vers le Venezuela, selon les données de l’EIA, comme le montre le graphique « Exportations de produits pétroliers des États-Unis vers le Venezuela 2010-2017 ». Les exportations d’essence et d’autres dérivés du pétrole des États-Unis vers le Venezuela ont déjà atteint 12 % du marché intérieur vénézuélien de l’essence et de ses dérivés en 2017.[8]

Source: U.S. Energy Information Administration

 

Traduction : VeneSol

Source : http://www.celag.org/posible-embargo-petrolero-venezuela/

 

[1] https://lta.reuters.com/article/businessNews/idLTAKCN1BP2QE-OUSLB

[2] http://misionverdad.com/LA-GUERRA-EN-VENEZUELA/eeuu-se-venga-con-citgo-por-apertura-de-dialogo-en-venezuela

[3] http://misionverdad.com/LA-GUERRA-EN-VENEZUELa/posibles-implicaciones-de-un-embargo-petrolero-contra-venezuela

[4] Íbidem

[5] https://www.cfr.org/blog/how-much-worse-can-it-get-venezuelas-state-oil-firm-pdvsa

[6] https://www.bloomberg.com/latam/blog/refinerias-de-eeuu-incorporan-crudo-mas-liviano-por-venezuela/

[7] https://oilprice.com/Energy/Oil-Prices/Sanctions-On-Venezuela-Could-Push-Oil-Into-The-Mid-50s.html

[8] http://elestimulo.com/elinteres/pdvsa-eleva-importacion-de-gasolina-y-petroleo-desde-estados-unidos/