Une autre interview, du journal “Público” avec un Jorge Rodríguez qui conteste avec lucidité et démontre qu’on peut aussi livrer bataille dans les médias hégémoniques.
Pendant sa visite en Espagne, le ministre de la Communication et de l’Information du Venezuela accuse les Gouvernements de Colombie et des Etats-Unis de dynamiter le dialogue de paix avec l’opposition et l’ambassadeur d’Espagne à Caracas d’avoir conspiré avec l’extrême-droite pour déstabiliser la Gouvernement de Nicolás Maduro.
A moins de 2 mois des élections présidentielles au Venezuela et au centre d’une importante crise politique, le ministre de la Communication et de l’Information du Venezuela, Jorge Rodríguez, nous reçoit dans la résidence à présent inhabitée de l’ambassadeur du Venezuela à Madrid pour parler de la situation difficile que traverse le Venezuela.
Rodríguez, en plus d’être un pilier essentiels du Gouvernement du président Nicolás Maduro est un élément fondamental depuis plus de 10 ans de ce qu’on appelle la Révolution Bolivarienne. Il a été vice-président du Gouvernement du Commandant Hugo Chávez qui l’a désigné en même temps comme membre fondateur du Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV). Il a été directeur de campagne de son parti depuis l’amendement constitutionnel de 2009 jusqu’aux dernières élections, le 10 décembre dernier, auxquelles son parti a conquis l’immense majorité des mairies du pays. Il a aussi dirigé la délégation du Gouvernement dans le dernier processus de dialogue avec l’opposition qui a finalement échoué quelques instants avant de se concrétiser. Il nous parle aussi de cela.
Relations bilatérales avec l’Espagne
Question : En janvier dernier, le Gouvernement espagnol de Mariano Rajoy déclarait l’ambassadeur du Venezuela en Espagne, Mario Isea, “persona non grata” et il était expulsé du pays en application du « principe de réciprocité » après que le Gouvernement du Président Nicolás Maduro dont vous faites partie, ait fait la même chose avec l’ambassadeur d’Espagne au Venezuela, Jesús Silva. Après tout ce qui s’est passé, considérez-vous comme correcte la décision de votre Gouvernement d’expulser l’ambassadeur d’Espagne ?
Réponse : Je crois qu’on a rarement vu dans l’histoire de la diplomatie dans le monde une agression aussi brutale que celle qu’ont perpétré certains Gouvernements du continent américain et du continent européen essentiellement contre le Venezuela. Le ton sur lequel certains médias et certains Gouvernements ont traité leur relation avec le Gouvernement et le Peuple du Venezuela a été d’une grossièreté inacceptable. Seulement en Espagne, en 2017 on a publié 3.880 informations contre le Venezuela. Concrètement, il y a en Espagne un journal qui publie une information contre le Venezuela toutes les 36 heures. Cette stratégie de guerre médiatique et psychologique a eu des conséquences très négatives. Nous avons eu des poussées de xénophobie contre les Vénézuéliens dans certains pays frères.
En ce qui concerne l’ambassadeur d’Espagne au Venezuela, Jesús Silva, nous avons montré des preuves à ce moment-là qu’il était impliqué dans des affaires de conspiration contre le Gouvernement du Venezuela, qu’il avait violé les accords de Vienne et rencontré constamment des agents de l’extrême-droite vénézuélienne. Au moment où nous avions besoin d’aide pour arrêter la poussée de violence que la droite a perpétrée entre février et juillet 2017, l’ambassadeur du Gouvernement d’Espagne organisait des actions contraires et loin de chercher à atténuer ces actes, les exacerbait.
Question : Vous parlez de conspiration de l’ambassadeur d’Espagne au Venezuela, de quelle façon mettait-il en œuvre cette stratégie ?
Réponse : Il avait des réunions avec des agents de l’extrême-droite vénézuélienne dans l’intention de déstabiliser le Gouvernement du Venezuela.
Question : Votre visite en Espagne a-t-elle quelque chose à voir avec cette détérioration des relations bilatérales ?
Réponse : Non, c’est une visite principalement destinée aux médias. Nous voulons montrer la vérité et quelle est la réalité du Venezuela. Par exemple, tous les sondages, même des instituts de sondages proches de l’opposition vénézuélienne, disent que plus de 72% des Vénézuéliens veulent voter. Cependant, on lit dans différents médias et on entend des Gouvernements d’autres pays dire que « le monde ne va pas reconnaître les élections du Venezuela. » Et je me demande : quel monde ? Les pays européens et les États-Unis ne sont pas « le monde », le Gouvernement de Mariano Rajoy n’est pas « le monde », l’ex-Gouvernement du président Kuczynski n’est pas non plus « le monde. » Le Venezuela préside actuellement le Mouvement des Pays Non-alignés qui regroupe 129 pays du monde entier.
Question : Le ministre des Affaires Etrangères vénézuélien Jorge Arreaza dénonçait il y a quelques semaines devant les Nations Unies le fait que l’Espagne agit de façon « hostile » envers le Venezuela en poussant à prendre des sanctions contre lui. Comment considérez-vous le rôle du Gouvernement espagnol à ce sujet ?
Réponse : De tous les pays d’Europe, le Gouvernement espagnol est celui qui a émis le plus de communiqués pour agresser le Gouvernement de la République Bolivarienne du Venezuela. Ces communiqués agressifs ont été en recrudescence entre les mois de mars et de juillet 2017 dans le but essentiel de déstabiliser le Gouvernement du président Nicolás Maduro.
Malheureusement, l’Europe s’est mise à la queue, derrière le Gouvernement suprémaciste des États-Unis et c’est vraiment dommage parce qu’elle était restée longtemps loin des principes qui fourmillent dans le Gouvernement du président Donald Trump. Il semblerait que Trump donne des ordres et qu’immédiatement certains Gouvernements parmi lesquels en particulier le Gouvernement espagnol de Mariano Rajoy obéissent parce que tant de contradictions ne peuvent pas être expliquées.
Par exemple, le président Mariano Rajoy disait en 2016 que la solution aux problèmes du Venezuela était de convoquer des élections présidentielles anticipées. Et maintenant, on va avoir des élections présidentielles.
Évidemment, il n’y a aucun doute, le système électoral vénézuélien fournit beaucoup plus de garanties que le système électoral espagnol.
Question : Quelles mesures devrait prendre exactement le Gouvernement de Rajoy pour rétablir les relations diplomatiques ?
Réponse : Respecter. Ne pas se mêler des affaires qui ne concernent que le Gouvernement du Venezuela et les Vénézuéliens.
Au Venezuela, les médias sont complètement libres, il y a une totale liberté d’expression et une totale liberté politique. Il y a 18 partis politiques qui fonctionnent en République Bolivarienne du Venezuela. Évidemment, nous avons des difficultés, et nous avons esquivé et avons pris soin de ces difficultés. Heureusement, l’élection de la Constituante a mis fin à la situation de violence qui a coûté la vie à 136 Vénézuéliens. Çà a été une vraie tragédie, qu’on appelle à la violence pendant ces mois-là.
Il serait très bon que le Gouvernement de Mariano Rajoy respecte le Gouvernement du Venezuela comme le Gouvernement du Venezuela respecte celui de l’Espagne. Nous, nous ne nous immisçons pas dans les affaires qui ne regardent que l’Espagne et les Espagnols.
Le Gouvernement du Venezuela serait-il prêt à faire un premier pas et à tendre la main au Gouvernement espagnol pour encourager un rapprochement ?
Oui, sous le principe de respect de notre souveraineté. Sous le principe de non-intervention et de non-ingérence dans les affaires du Venezuela, nous sommes prêts à parler avec qui que ce soit et à rencontrer le Gouvernement espagnol, et même le Gouvernement Trump.
La situation intérieure du Venezuela
Question : Croyez-vous que les Vénézuéliens vivent mieux maintenant qu’il y a 1 an ?
Réponse : Je crois que oui. En tout cas, je crois qu’il est plus important de considérer une période un peu plus longue. Nous venons d’une situation où, il y a 20 ans, il y avait 74% de pauvreté au Venezuela et presque 45% de pauvreté extrême. Aujourd’hui, nous avons réussi à réduire la pauvreté à 23% de la population totale. Et cela avec la guerre économique perpétrée contre le Venezuela sous forme de blocus économique et financier.
En ce moment-même, il y a 1 500 millions de dollars dont le Venezuela dispose pour acheter des aliments et des médicaments chez un intermédiaire financier appelé Euroclear. Celui-ci refuse de disposer des ressources qui sont à nous parce qu’il obéit à un ordre du Gouvernement Trump. Il est évident que toutes les soi-disant sanctions qu’ont essayé de mettre en place Donald Trump et l’Union Européenne ont une influence et un impact dans cette affaire.
Question : Selon une enquête de Conditions de Vie réalisée par 3 des plus importantes universités du Venezuela, en 2017, on a atteint 87% de pauvreté au Venezuela et 61,2% de pauvreté extrême. Quelle lecture faites-vous de cette étude ?
Réponse : J’ai lu cette étude. Ils assurent aussi qu’il y avait 40 millions de personnes atteintes de malaria seulement dans l’état de Bolivar et la population totale du Venezuela n’est que de 30 millions d’habitants.
Malheureusement, la polarisation et l’action politique se sont concentrées. L’opposition vénézuélienne invente des enquêtes et même des ONG. Je connais une phrase qui dit : « Ne viens pas avec des suppositions, montre-moi des preuves. »
Les preuves sont que nous avons gagné les élections du 10 décembre dans 309 des 335 municipalités. Les Vénézuéliens qui votent en majorité pour l’option que représentent la Révolution Bolivarienne et le président Nicolás Maduro sont masochistes ?
Nous avons gagné 20 des 23 postes de gouverneurs aux élections d’octobre de l’année dernière. Cela s’explique parce que le Venezuela consacre 74% de son budget à la sécurité sociale des citoyens, à l’éducation gratuite, à la santé, à l’alphabétisation et aussi à palier la situation alimentaire. On parle peu des 6 millions de familles qui reçoivent 18 produits du panier de base.
L’indice de GINI indique que le Venezuela est actuellement le pays le moins inégal de toute l’Amérique Latine, avec Cuba. Au Venezuela, nous avons réussi à vaincre l’analphabétisme, nous sommes l’un des 3 pays de la région qui y ont réussi. Nous avons un indice de scolarité proche de 92% dans l’éducation primaire, comparez par exemple avec la Colombia qui n’atteint pas 65%.
Question : Il y a maintenant 2 ans qu’a été mis en marche le système des distribution d’aliments par les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP). Que pensez-vous de leur fonctionnement en tentant compte de certaines informations qui disent qu’ils n’atteignent pas la majorité des Vénézuéliens ?
Réponse : Non seulement, ils fonctionnement bien mais de mieux en mieux. Si la population ne sentait pas qu’on s’occupe d’elle, nous ne gagnerions pas les élections.
Le peuple du Venezuela a des problèmes, il y a des difficultés mais la plupart d’entre eux sont provoqués par Julio Borges qui, quand il est venu en Espagne, a dit au président Mariano Rajoy d’appliquer des sanctions au Venezuela. En France, il a dit la même chose au président Emmanuel Macron. Il est allé en Allemagne et il a fait la même chose avec la chancelière Ángela Merkel. Tout de suite après la tournée de l’opposant Julio Borges en Europe, les sanctions de l’Union Européenne ont fait leur apparition.
Nous avons une autre difficulté importante avec la situation de guerre géopolitique que nous ont livrée les États-Unis en provoquant à l’époque l’effondrement des prix du pétrole jusqu’à ce qu’ils soient, en 2016, en dessous du prix de production.
Question : L’Organisation Internationale du Travail (OIT) a ouvert une enquête officielle contre le Venezuela suite aux dénonciations du syndicat patronal FEDECÁMARAS contre le Gouvernement de Nicolás Maduro pour de soi-disant attaques de la liberté d’association et l’absence de dialogue social avec les employeurs et les travailleurs sur des questions importantes de la politique du travail. Que pensez-vous de cette décision de l’OIT ?
Réponse : En premier lieu, il est un peu contradictoire que l’OIT ne s’occupe que du syndicat patronal, bon, de la soi-disant présidence du syndicat patronal vénézuélien.
En ce moment, il existe au Venezuela un Conseil National de l’économie qui se réunit tous les jeudis et auquel participent les plus importants producteurs et les entrepreneurs les plus puissants du pays, même le plus important distributeur d’aliments du pays. Tous les jeudis, le groupe populaire est en réunion avec ce Conseil que dirige le vice-président du Gouvernement Tareck El Aissami. Ce syndicat patronal dont parle l’OIT est une coquille vide. FEDECÁMARAS n’est pas un syndicat patronal, c’est un parti politique qui représente un certain secteur du pays.
Nous, nous avons des représentants à l’OIT et nous enverrons certainement une délégation pour expliquer la vérité.




