L’échange d’un avenir périlleux en avenir incertain, mais rempli d’espérance

23 heures sans possibilité de retirer du cash ! Entre le dimanche 19 août 2018 à 16h et le lundi 20 août à 15h il était impossible pour les Vénézuélien.ne.s de retirer de l’argent au self-service. La raison ? La parution d’une nouvelle monnaie, le Bolivar Souverain venait remplacer le Bolivar Fuerte apparu dans les portefeuilles en 2008 sous le Président Chavez.
Pourquoi ? Parce que les sanctions internationales réduisant l’exportation de pétrole et le blocus ne permettant plus l’importation du matériel nécessaire à la réparation des installations endommagées par le temps, l’utilisation et surtout par le sabotage des mafias à la solde du « triumvéreux » – les Etats-Unis, la Colombie et l’ultradroite vénézuélienne – ont produit une inflation qui atteindra 1.000.000% selon le FMI en décembre 2018. D’où une nouvelle monnaie, mais non plus basé sur le dollar US qui subit lui aussi une inflation et une dévaluation, mais sur une valeur physique et marchande : le pétrole.
Créer une monnaie supranationale
Selon Joseph E. Stiglitz dans le triomphe de la cupidité (2008), il est nécessaire de créer une monnaie supranationale pour ne plus dépendre du dollar et subir ses multiples et brutales crises. Selon le prix Nobel d’économie il serait utile de baser cette nouvelle monnaie sur l’or pour l’utiliser dans les échanges internationaux. Voilà pourquoi le gouvernement Maduro annonçait en février 2018 la création d’une cryptomonnaie, le « Pétro » basé sur l’or noir du Venezuela. Une combinaison du célèbre « Bitcoin » et de l’idée de Stiglitz, qui a produit ses fruits car dès les premiers jours de sa sortie le gouvernement vénézuélien affichait les produits de sa vente à 735 millions de Dollars d’investissements directs étrangers.
Une nouvelle monnaie suivie de mesures gouvernementales pour contrer l’inflation
L’ombre de la crise zimbabwéenne plane, pour éviter l’hyperinflation – 231.150.889% – qu’avait connu ce pays en 2008 le gouvernement a multiplié les mesures visant à freiner la montée des prix, la fuite des capitaux et de la population. En effet, Nicolas Maduro a annoncé une augmentation de 34 fois le salaire minimum mais pas que, pour éviter une nouvelle flambée des prix, le gouvernement va prendre en charge le salaire de toutes les petites et moyennes entreprises pendant trois mois. Une bouée de secours à tous les secteurs pour renflouer leurs fonds et permettre le retour d’un chiffre d’affaire digne, de permettre une stagnation des prix ,voire de renverser quelque peu l’inflation. Une mesure socialiste qui ne convient pas aux partis d’ultra droites qui appellent à la grève nationale. Une élite déçue de ne pas bénéficier de la part du gâteau et qui pourtant avait gagné le fameux prix Sakharov, prix de la démocratie attribué par l’Union Européenne. Une élite qui pour empêtrer le Venezuela n’hésite pas – encore une fois – à utiliser des moyens extrêmes pour renverser un gouvernement « légitimement élu » (ONU), bref les gagnants du prix Sakharov sont à la hauteur des gagnants du prix de l’Eurovision.
La stabilisation de nouvelle monnaie est de plus garantie par l’équivalent de 30.000.000 de barils de pétrole venant de l’État Bolivar promit par l’entreprise publique PVDSA. Mais l’entrée du Bolivar Souverain a déjà un revers à sa pièce, celle de la dénonciation. Pour éviter une nouvelle flambée des prix les Vénézuélien.ne.s sont invités à dénoncer toute entreprise bénéficiant de l’aide gouvernementale, c’est-à-dire le paiement du salaire des travailleurs, qui ne fixerait pas ses prix et continuerait à participer à la flambée des prix à payer une amende à l’Etat. Une mesure extrême mais juste selon les responsables vénézuéliens et les habitants car : « Grâce à cette nouvelle monnaie nous échangeons un avenir périlleux en un avenir incertain mais rempli d’espoir ».
Jonas Boussifet – Venesol