Un autre paysan tué. Et la justice ?

Le 10 janvier, José « Caballo » de La Cruz Márquez, 54 ans, un paysan du « Sur del Lago », a été assassiné, par un gang armé engagé par un propriétaire terrien pour empêcher l’octroi de terres aux familles paysannes. De La Cruz Márquez, époux de la porte-parole paysanne Judith Angulo, a mené pendant au moins 10 ans la lutte pour le sauvetage des terres déclarées improductives qui ont été attribuées en septembre dernier à plus de 300 familles.

Le paysan José de La Cruz Márquez, a été tué par une balle qui l’a atteint au cœur. Il faisait partie des coopératives paysannes qui se battent depuis des années pour sauver les terres improductives du domaine de Buena Esperanza, situé au sud du lac Maracaibo, entre les états de Mérida et Zulia. L’assassinat a été précédé d’un ensemble d’actions préalables qui constituent un nouveau modus operandi avec lequel les propriétaires fonciers exercent leur violence historique contre le peuple paysan.
Selon les déclarations des paysans occupant cette terre récupérée, le propriétaire terrien Rogelio Artega a engagé un groupe de personnes composé de huit femmes et quatorze hommes, qui possèdent des armes à feu telles que des pistolets 9mm, des revolvers, un Usi et des fusils de chasse, qu’il a introduit et hébergé dans des établissements immobiliers situés dans les limites de la propriété. Tout cela, après que l’Institut National de Terres et la Vice-Présidence de la République lui aient notifié la récupération définitive de la propriété en faveur des paysans. Les gens amenés par Rogelio Arteaga ces derniers jours de 2018 ont intimidé et attaqué les paysans, malgré la présence d’Arteaga en personne : « L’inquiétude a crû à partir du 20 décembre, ils ont harcelé les femmes, ils ont tiré sur les hommes, ils se baladaient avec des cagoules dans les machines de la propriété« .
Ces gens ont menacé en disant que le gouvernement de Nicolas Maduro était arrivé à sa fin et qu’ils allaient pendre les 8 coordinateurs de cette récupération :  » Hier matin ils voulaient nous expulser de la propriété. Ils ont frappé la camarade Blanca Velázquez. On a demandé aux paysans de partir et quand ils sont partis, ils ont commencé à tirer. L’un des coups de feu a touché José de La Cruz qui est mort sur le coup« , raconte Norka Aragón, l’une des paysannes présente sur place : « Ils ont continué à tirer et ils ont touché José Orellana à la jambe« . Les hommes en cagoules étaient accompagnés de l’avocate Tania Duarte et de l’avocat Juan Carlos Alviárez. L’attaque a commencé le matin et, vers 11 h 30, Blanca Velásquez a été rouée de coups ; à ce moment-là, on a demandé l’appui de la Garde nationale et celle-ci a refusé d’agir. « Le meurtre a eu lieu à 17 h 30. »
Les paysans de Buena Esperanza ont dénoncé à plusieurs reprises les menaces de mort, les agressions, la tentative d’assassinat à la tronçonneuse de Norka Aragón, l’arrivée d’hommes armés sur le terrain, apportés par le propriétaire, ainsi que l’installation illégale de ces personnes sur le terrain de la propriété en cours de récupération. Cependant, il n’y a toujours pas d’enquête sur ces dénonciations. Ses plaintes et celle de ses camarades n’ont jamais été accueillies et lorsqu’ils les reçoivent, ils ne procèdent à aucune enquête. Au Parquet de Mérida, le procureur Camilo Bastos a refusé de traiter les plaintes. Des cas similaires se produisent dans la région sur d’autres récupération de terre, tels que El Trébol, El Carmen, Santa María, Santa Rosa, et aucune mesure décisive n’a été prise par les forces de sécurité et les autorités judiciaires.
D’après ce que racontent les paysans et les paysannes il semble qu’ils mettent en place toute une mise en scène pour faire croire que l’assassinat a eu lieu dans le cadre d’une confrontation entre paysans, le traitement médiatique le démontre, surtout les médias privés régionaux. Ce n’est plus la forme d’action des tueurs habituels au cours de laquelle des gens armés interceptent les victimes sur les routes et les autoroutes, ou les kidnappent et les assassinent ensuite. Depuis son arrivée, le groupe de personnes embauchées et installées sur la propriété, vu leur comportement, avaient pour objectif d’affronter, de provoquer et d’intimider ceux qui se sont organisés en coopératives et qui occupent des propriétés avec l’autorisation de l’Institut National des Terres, allant ainsi jusqu’à la mort de Marquez et la blessure par balle d’Orellana.
Dans l’immédiat, les habitants de Buena Esperanza désignent Rogelio Arteaga comme l’auteur intellectuel du meurtre et exigent son arrestation et une enquête : « Nous demandons au procureur Tareck William Saab de rendre justice dans cette affaire, car au niveau régional, personne ne nous ont pas aidé« , déclare Norka Aragón.
A ce cas s’ajoutent les assassinats précédents comme celui de Kendri Márquez, survenu en septembre 2018, et ceux de Palo Quemao et La Escondida, à Barinas, respectivement en mars et en août, qui attend toujours que justice soit faite.
Cette forme de violence et d’autres formes de violence foncière contre les paysans qui luttent pour la terre ne peuvent être combattues et évitées que si l’État vénézuélien adopte une approche de la démocratisation foncière dans une perspective intégrale qui implique de manière conjointe et coordonnée non seulement l’action technique et administrative de l’Institut National des Terres, mais aussi celle des tribunaux agraires, du ministère public, du bureau du médiateur du peuple et des forces de sécurité.
Au cours du processus administratif et juridique, pendant lequel les paysans restent sur la terre, soit en gardant, soit en occupant et en semant, un accompagnement qui préserve leur sécurité et leur vie devrait avoir lieu. Plus de trois cents paysans tués par la violence des propriétaires terriens ne suffisent-ils pas pour concevoir et mettre en œuvre une telle politique d’action de l’État ?
La presse du Courant Révolutionnaire Bolívar et Zamora – CRBZ / traduction : Venesol