La décision de reconnaitre un gouvernement qui n’a pas la capacité effective de diriger la réalité politique du pays revient à s’engager dans une voie diplomatique sans issue.
Par le biais d’un ultimatum inédit en droit international, le gouvernement espagnol a officiellement reconnu Juan Guaido comme président intérimaire du Venezuela. Il considère peut-être qu’il s’agit d’une décision populaire ou rentable. Diplomatiquement parlant cependant, il s’agit d’un acte irréalisable, irresponsable, et contraire aux objectifs que le gouvernement prétend poursuivre au Venezuela.
C’est une décision impraticable parce que Guaido n’a pas le contrôle effectif des pouvoirs de l’État vénézuélien ; il ne contrôle ni l’administration, ni les ministères, ni la police, ni ne peut garantir les engagements internationaux pris par le pays.
Si l’un des 150.000 citoyens espagnols résidents au Venezuela, ou l’une des grandes sociétés implantées là-bas depuis des dizaines d’années, ont demain un grave problème, à qui donc s’adressera notre gouvernement pour le résoudre ? Ils n’appelleront pas Guaido puisqu’il n’a pas le contrôle du pays. De fait, selon l’interprétation de la constitution vénézuélienne qu’il a invoquée pour s’autoproclamer président, Guaido devrait convoquer des élections dans les 30 jours.
Il ne le fera pas, parce qu’il ne peut pas le faire. C’est pour cette raison même que la décision de reconnaître son gouvernement, qui n’a pas les moyens d’actions nécessaires au gouvernement d’un pays, est une voie diplomatique sans issue. Elle met fin à notre capacité d’intercéder et laisse la communauté espagnole sans recours.
Dans la situation de crise politique actuelle, en l’absence de canaux de négociation ou de dialogue, le gouvernement de Guaido ne peut devenir effectif que par les moyens suivants : un soulèvement militaire, une insurrection armée ou une intervention étrangère.
C’est ce que demande Guaido lorsqu’il se tourne vers l’armée, et c’est la feuille de route explicitement prônée par les Etats-Unis. Que va faire notre gouvernement si cette menace annoncée s’accomplit ? Va-t-il soutenir, envers et contre tous les engagements internationaux pris par notre pays, un coup d’état ou une intervention militaire pour déloger un gouvernement par la force ? Quelle est aujourd’hui sa feuille de route ? Quelqu’un croirait-il à la possibilité d’élections libres et d’un horizon de gouvernance viable au Venezuela sans un accord politique entre les différentes parties et sans l’aval et le soutien des organisations internationales ?
L’initiative prise par les gouvernements Mexicains et Uruguayens va, elle, réellement dans ce sens: proposer des moyens de médiation, approuvés par les Nations Unies, dans le cadre du droit international pour chercher une solution pacifique et démocratique à la crise que vit le pays.
Reconnaître un président non-élu, dans un pays extrêmement polarisé, sujet à un risque certain et réel de confrontations civiles et régionales, sous la menace militaire claire des Etats-Unis, est œuvrer à tout le contraire.
Il s’agit d’une décision irresponsable, qui contribue à saboter l’ordre multilatéral, réduit notre capacité de médiation ou d’influence, et fait de l’Espagne partie active d’une crise au développement incertain et aux conséquences potentiellement graves. Le Gouvernement devrait corriger sa position.
Pablo Bustinduy est député de Podemos.
