Un groupe armé a attaqué une unité militaire dans le sud du Venezuela, dans l’État de Bolivar, à la frontière du Brésil. L’action qui a eu lieu aux premières heures de dimanche matin (22 décembre), a été diffusée sur les réseaux sociaux dans le courant de la matinée et a été confirmée par le ministre de la Défense Vladimir Padrino López dans l’après-midi.
Le ministre a attribué cette action à des « secteurs extrémistes de l’opposition » qui, lors de l’attaque, ont volé des armes qui ont été recupérés lors de l’arrestation de six des assaillants. « En ce moment, les détenus fournissent des informations et la Force armée nationale bolivarienne ainsi que d’autres organismes de sécurité de l’État sont mobilisés pour poursuivre les terroristes ».
Jorge Rodríguez, ministre de la Communication, a annoncé que les « criminels ont été entraînés dans des camps paramilitaires parfaitement identifiés en Colombie et ont bénéficié de la collaboration du gouvernement de Jair Bolsonaro ». Un membre de l’armée bolivarienne a été tué dans l’attaque : Luis Jampier Caraballo Marcano.

L’opération menée dans le sud du pays fait partie d’un ensemble d’actions similaires que les groupes de la droite ont menées ces dernières années. Un cas similaires s’était produit le dimanche 6 août 2017, avec l’assaut du fort Paramacay, où une partie du dépôt d’armes avait également été volé.
L’attaque du 22 décembre s’est produite une semaine après que Rodríguez ait déclaré avoir capturé une partie d’un groupe qui prévoyait d’attaquer deux casernes dans l’État de Sucre, dans la partie orientale du pays, avant le 15 décembre. Le président Nicolás Maduro a attribué la responsabilité intellectuelle de la tentative à Juan Guaidó et Leopoldo López.
Cet attentat est à la fois surprenant et attendu, dans un contexte où une partie des actions qui cherchent à renverser le gouvernement de Nicolás Maduro sont menées par le biais d’opérations militaires. C’est une stratégie revendiquée publiquement par des secteurs de la droite, comme, par exemple, la dirigeante María Corina Machado.
L’assaut dans l’État de Bolivar, une zone très conflictuelle en raison de son activité minière, a lieu en cette fin de décembre marquée par des disputes internes de la part de la droite, étant donné que le 5 janvier le nouveau président de l’Assemblée nationale (AN) devra prendre ses fonctions, et sera reconnu par les États-Unis et leurs alliés comme le président en charge.
C’est un fait central tant au Venezuela qu’au niveau international : si Juan Guaidó n’est pas élu, les Etats-Unis courent le risque de ne pas avoir de président de l’Assemblée nationale en accord avec leur stratégie.
Cette possibilité de renversement pourrait être en lien avec l’élection législative de 2020, où la droite, qui serait divisée — un secteur important ne participerait pas — pourrait donner lieu à une majorité dans l’Assemblé nationale composée de chavistes et d’un secteur de l’opposition qui s’est opposé à la fois au blocus économique et à l’appel à l’action violente, qu’il soit national ou international.
On vit des jours de repositionnement qui pourraient changer les rapports de force. Le Venezuela arrive à la fin de l’année avec le chavisme au gouvernement, ce que beaucoup d’analystes et de politiciens avaient juré qui n’arriverait pas. La possibilité d’un recul de la part de certains secteurs de la droite et des États-Unis pourrait favoriser des actions comme celles de dimanche matin.
Marco Teruggi
Pagina 12 / Traduction : Venesol
