Ce que vous ne saviez pas encore sur la reconversion monétaire

Les efforts entrepris par le gouvernement de Nicolas Maduro pour contourner la guerre économique (menée par la droite nationale, la droite internationale et l’empire) sont l’occasion pour annoncer le chaos sinon la déroute de l’État, par les médias de droite et les réseaux sociaux affolés. Tout et n’importe quoi à été dit. Pour cela il convient de s’informer un peu et démystifier quelques idées sans fondements répandues par l’opposition, par des économistes de salon ou autres angoissés.
Tous se sont improvisés en spéculateurs, d’abord ceux du marché noir, les épiciers et les entrepreneurs, maintenant nous avons les spéculateurs des réseaux sociaux qui pronostiquent ce qui va se passer au Venezuela. Alors je spécule aussi et essaie de compléter le vide des textes que j’ai pu lire. Je le fais comme un paléontologue lorsqu’il n’obtient que quelques os et finit par décrire le dinosaure, comment il vit et ce qu’il mange. C’est un divertissement pour passer le temps durant ces jours, où l’on a pas trop le choix que de voir passer le temps.
  1. La valeur du bolivar fluctue, la valeur salariale et le petro ne fluctuent pas!
Une certaine confusion règne autour de la nouvelle monnaie, le bolivar souverain lié au petro, le petro a une valeur de 60 dollars, puis les salaires seraient liés au petro, qu’il y aura une libre fluctuation… bref, voici ce qu’il en est :
  • Le bolivar souverain fluctue et démarre à 3.600 bolivar souverain par petro.
  • Le petro possède une valeur fixe, fixé de manière arbitraire en prenant comme référence le prix du pétrole et qui sera fixe pour un bon bout de temps (estimé à 60 US$). Quoi qu’il arrive, le gouvernement sera prudent et n’a pas intérêt à trop faire bouger ce prix.
  • Ce qui ne fluctuera pas avec l’inflation ou la dévaluation du bolivar, du aux enchères et les problèmes du marché intérieur, ce sont les salaires. C’est-à-dire, le salaire minimum est indexé à un demi petro (0,5Ptr).
  • Le premier cas d’index du salaire minimum sera du à l’inflation et dévaluation. Nous-nous sommes trop souvent posé la question : si une entreprise de distribution de marchandises et d’aliments comme la Polar augmente les prix jusqu’au ciel, pourquoi alors ne pas indexer le salaire en rapport à ces augmentations de prix ? Ben non… On travaillais jusqu’à présent tous les jours gratuitement et toute la population était vouée au chômage…
  1. L’index du petro va au-delà du salaire.
De quoi vit la banque au Venezuela ? En théorie, une banque ça vit du prêt de l’argent qu’elle a emprunté ailleurs… Au Venezuela, les bénéfices que le prêt génère ne valent plus rien lors du payement du même prêt… Les banques vivent-elles alors des prêts productifs qu’elles octroyaient à leur entourage proche et qui achetaient des dollars à bas prix pour après les revendre au marché noir ? C’est bien la raison pour laquelle le prix du dollar a flambé, devenant impayable, mais on les achetait quand même car plus tard les prix augmenteront encore…
Avec l’indexation du petro et du salaire minimum on ouvre la porte à d’autres indexations, par exemple celui du Plan Real Brasil, les prêts pour un véhicule ou hypothécaire, ils pourront être payé en petro (même si le remboursement du prêt et de ses quotas se fait en bolivars). Ainsi la banque obtient un bénéfice si un client s’endette pour 20 ans, cette dette ne sera pas pulvérisé par l’inflation, ce qui induit (en théorie) que la banque pourra faire des prêts avec moins de crainte.
Les contrats avec des entreprises de l’immobilier, par exemple, pourront être effectués en petro afin de ne plus devoir amender le contrat pour des réajustements à cause de l’inflation. Cela devrait avoir comme effet, moins de chantiers paralysés à cause de la hausse de prix de la matière première. Pareil pour leurs fournisseurs, pour le public et le privé.
Beaucoup d’autres choses pourront être indexé au petro, ce qui veut dire que l’on paye en bolivars selon le prix du petro, le jour où l’on effectue le payement. Même en bourse, où l’on accorde un montant fixe mensuel pourra être fixé en petro, au moins le prix sera respecté car sa valeur sera indexé.
  1. Le Petro n’est pas une monnaie en tant que tel, jusqu’à présent…
Se pourrait-il que le petro devienne à la fin de ce processus la monnaie officielle du Venezuela ? C’est déjà suffisamment audacieux que de spéculer avec le petro en tant qu’unité tributaire de référence dans le but de réaliser les indexations, le petro est au mieux un outil pour créer un cumul national. Celui qui jusqu’à présent se faisait du fric avec l’hyperinflation, avait comme finalité de le convertir en dollar. L’investissement des bénéfices est nul, car le marché dépend de la rente pétrolière qui entre dans le pays et le jeu des entrepreneurs consiste à la faire sortir… Le petro deviendra, on l’espère, un instrument qui potentiellement peut prendre des formes comme celle déjà signalées (crypto-monnaie, monnaie courante, etc.) mais pas tout à fait car elle serait utilisée fondamentalement pour :
  • Établir un référant pour, à travers l’indexation, activer le cycle économique dominant (capitaliste), en activant les crédits, les contrats, les appels d’offres, etc., devenus impossibles avec l’inflation qui « décourage » le crédit et c’est pourquoi l’activité économique que nous avons maintenant.
  • Il est possible qu’on convertit ou émettent des titres d’investissement afin de promouvoir la réserve de valeurs ou l’épargne et ainsi éviter que l’on recommence à devoir recourir aux dollars comme forme d’accumulation ou de défense face à l’inflation. C’est possible de le faire y compris dans ses variantes en tant que crypto-monnaie et autres formes.
  • Nous allons voir le petro dans les systèmes bancaires, mais dans la rue la relation sera en bolivar. C’est-à-dire, on pourra avoir une certaine quantité de petro en dépôt à échéance fixe, ou faisant partie d’un crédit, etc.
  • Cela permettrait, et il est supposé qu’ils vont le faire, que l’on taxe l’achat du dollar pour décourager son achat au Venezuela tout en mettant en avant le petro en tant qu’alternative… afin que cette épargne, fruit du travail productif au Venezuela reste dans le pays et puisse être réutilisé pour renforcer son développement et non pour que les affaires de Miami et du Panama continuent de prospérer.
 
  1. La stabilité de la banque est en danger
Je ne suis pas très sûr, mais sans l’inflation et sa capacité de spéculer sur l’achat de dollars, la banque resterait un peu au chômage technique à moins qu’elle n’obtienne des nouvelles niches d’investissement national. S’ils partent en grève ou s’ils insistent pour spéculer nous faisons courir le risque d’avoir une situation de danger avec la stabilité financière.
  • La banque publique a une grande opportunité de devenir un outil pour l’investissement productif. Mais pour cela nous avons besoin d’une organisation pour un travail qui n’a pas encore été réalisé, et c’est pourquoi il y aura une période d’adaptation s’ils décident de l’assumer.
  • La banque privée veut toujours plus, elle a déjà pas mal gagné et a déjà pris tout ce qu’il y a à prendre. Les banques privés sont même capables de partir sans payer la note. Sinon vont essayer de chercher d’autres sources d’extraction de rente.
  1. L’État se fortifie d’un côté et s’affaiblit d’un autre côté
L’oligarchie et l’impérialisme a su utiliser des camisoles de force que le gouvernement possédait pour donner des coups durs à des fins politiques. La dévaluation excessive du bolivar, provoquée au moyen d’une forte incitation à l’extraction de valeurs du pays a affaibli de plus en plus l’État en réduisant sa capacité de réponse. Mais toute cette force peut être utilisée, comme dans l’Aïkido, contre l’adversaire :
  • L’État s’affaiblit dans le sens où il ne pourra plus surfer sur les dettes avec l’inflation. Les prestations sociales devront être indexées et coûteront, en théorie, la même chose qu’aujourd’hui, quand le chèque finira par sortir de ce processus bureaucratique. C’est bon pour les travailleurs, mais ce sera une forte charge pour l’État puisqu’il est le plus grand employeur. La même chose arrive avec l’endettement local, entre autres, ils obligeront l’État d’avoir un plus grand contrôle sur les comptes.
  • Cependant un autre visage de l’État est le revenu national, caractérisé pour être majoritairement contrôlé par l’État. PDVSA et le gouvernement étant en général le plus grand détenteur des revenus devient le plus grand détenteur de revenus en bolivars. A moins de mettre sur le même pied d’égalité les entrepreneurs qui n’hésitent pas à recourir au marché noir de divises. Le bras économique de PDVSA peut être fortifié par ces mesures et cela pourrait marquer la différence face au reste des États latino-américains qui ont été embarqués dans les politiques d’ajustement.
  1. La tentation de la privatisation de la part de fonctionnaires de l’État
Quand cette discipline fiscale que j’ai évoqué s’établit, le gouvernement pourrait être incité à chercher d’autres formes de revenus et la principale est la privatisation en échange d’argent, l’octroi de concessions ou la déréglementation en échange d’un prêt. C’est la voie par où entre le cheval de Troyes du néolibéralisme.
  1. Les travailleurs vont devoir lutter
La fixation du salaire minimum en 1.800 bsS (0,5Ptr), a été qualifiée comme un acte de populisme et de gaspillage. Rien n’est plus éloigné de la réalité quand on sait que dans les structures du prix la question de l’emploi est minimale au Venezuela, du aux grand coûts en matière première et des machines. Et aussi parce qu indirectement le salaire minimum équivaut à un 30 US$. Imaginez le cri que tous pousseraient si Maduro plaçait le salaire minimum à 200 US$, ou 3,33Ptr, ou bien à 12.000BsS ou encore 1.200 millions de Bolivars forts! En matière d’emploi nous devons donc avoir les considérations suivantes :
  • Il existe une sorte de consensus national qui fait que les salaires ne peuvent pas être très élevés (30 US$ est-ce élevé ou non ?), du au fait qu’une autre spirale inflationniste peut se produire. C’est-à-dire que, si déjà les gens croient qu’une augmentation de salaire justifie une augmentation de prix dans la même proportion, alors les gens seront disposés à le payer. Nous sommes face à une situation de bas salaires établi par un « accord idéologique », c’est comme les femmes qui exercent ses propres tâches pour la préservation du patriarcat, les travailleurs assument qu’ils doivent avoir un bas salaire, solidaire avec l’employeur.
  • Cette politique de salaires solidaires, fait référence à cette politique en Suède après la IIe guerre mondiale et qui peut aider à relancer l’économie dans ce contexte de reconversion. Mais après avoir généré un bénéfice, après avoir généré des dividendes, les travailleurs commenceront un processus d’exigence d’améliorations salariales qui vont devoir être pris en compte et auront pour limite ce que l’idéologie du marché dans les esprits de la population définit.
Même la Suède est arrivé à envisager la possibilité qu’à travers des fonds de pension, les travailleurs peuvent obtenir des actions proportionnelles aux bénéfices obtenus par ces entreprises, comme une politique de socialisation du travail subventionné que la classe ouvrière a octroyé à la classe capitaliste par un moyen direct dans une entreprise privée ou indirectement à travers le travail public qui génère une valeur à l’entrepreneur.
  • Ainsi que nous voulons que l’essence ait un prix international, nous devons vouloir que le salaire le soit aussi et ainsi éviter la fuite de talents et le gaspillage d’argent, etc. Cela doit être le but dans un temps défini pour les syndicats parce que ni les entrepreneurs ni le gouvernement le feront, puisque tout ira pour le mieux s’ils paient de très bas salaires au milieu d’une économie rentière.
    Il y a beaucoup d’autres choses qui n’ont pas été dites et qui vont être dites avec le temps, ou bien nous saurons les deviner, ou sur nos certitudes nous spéculerons sûrement avec plus de détails. Mais ma première spéculation arrive jusqu’ici.
Gabriel Gil Pinto, communicateur & membre de Catia TV
Traduction : Venesol