Aube violente au Venezuela

Tôt ce matin (lundi 21 janvier), un groupe de 40 membres de la Garde nationale, un corps appartenant à la Force Armée Nationale Bolivarienne (FANB), a tenté de prendre un poste de commandement de police, un détachement et de voler des armes. L’action, menée à Caracas, a été neutralisée par la FANB, 27 des personnes impliquées ont été arrêtées et les armes récupérées.

Ce qui s’est passé n’est pas surprenant, il fallait s’y attendre. Un nouveau scénario est entré en jeu depuis que Nicolás Maduro a assumé son deuxième mandat présidentiel le 10 janvier. L’Assemblée Nationale (AN), entre les mains de la droite, l’avait aussitôt déclaré usurpateur et se proclamait par conséquent seul gouvernement légitime du pays, reconnu aussitôt par les États-Unis, le Groupe de Lima – sauf le Mexique – le Canada et l’Équateur – un pays où la persécution contre les migrants vénézuéliens s’est déclenchée.
Ce nouveau scénario contient des éléments connus ainsi que des caractéristiques particulières. Ce que l’on sait déjà : depuis 2016, c’est la troisième fois que l’AN ne reconnaît pas l’investiture présidentielle, appelle à des mobilisations pour renverser de force le gouvernement élu, et ce n’est pas la première fois que des actions militaires de cette nature ont lieu. Il y a un enchaînement de conspirations de coup d’État au sein de la FANB, toutes ont été désactivées ces dernières années. Ce qui est nouveau, c’est le moment et les cartes qui sont sur la table : le feu vert donné par les États-Unis, l’officialisation d’une tentative de gouvernement parallèle/illégal incarnée par l’AN, une Cour suprême de Justice opérant depuis la Colombie, et un procureur fugitif, qui pourrait tenter, comme le stipule une loi, de geler/voler des avoirs publics, demander une action humanitaire et qui a déjà offert une amnistie aux militaires et civils qui tentent un Coup d’État. Le plan en place sur cette base doit ajouter plusieurs éléments. En premier lieu, la droite, sans unité mais orientée de l’extérieur, exige une nouvelle direction, un rôle qui a été assumé par Juan Guaidó, président de l’AN. C’est un jeune homme du parti Volonté Populaire, l’une des principales forces d’opposition impliquées dans la stratégie violente de 2017.
Deuxièmement, la droite doit remobiliser sa base sociale, en crise avec ses propres dirigeants depuis août 2017, date à laquelle le chavisme a remporté le vote déclenché par l’Assemblée nationale Constituante. C’est ce qu’ils appellent les Conseils ouverts depuis le 11 janvier, et ils ont annoncé une mobilisation le 23 janvier pour tester leurs forces et accélérer la situation.
En troisième lieu, la droite est à la recherche d’un déclencheur, sûrement une action à fort impact. C’est dans ce sens, que nous pouvons contextualiser l’action de ce matin, les pressions pour briser la FANB, un éventuel événement violent le 23 janvier, ainsi que les actes menés par des secteurs armés formés au Venezuela et en Colombie. La tentative d’assassinat de Maduro et des dirigeants des FANB en août 2018 avec deux drones fait partie du même complot.
Au niveau international, il y a une clôture construite sur chacune des frontières Vénézuéliennes : Colombie, Brésil et Guayane Esequiba. L’élément le plus inquiétant reste le côté colombien, à partir duquel la stratégie paramilitaire est soutenue, et un discours a été construit – articulé avec les médias et les politiciens vénézuéliens – qui affirme que le gouvernement de Maduro protège les groupes armés colombiens au Venezuela, et ces derniers mois, des incursions militaires supposées du côté colombien ont été dénoncées.
Ces variables sont en mouvement et augmentent la tension. C’est ce à quoi le gouvernement de Maduro est confronté, et plus largement, le chavisme. La dernière fois qu’un scénario similaire a été présenté, c’était en 2017. On sait par la dynamique des attaques que chaque nouvelle tentative est plus violente et comporte plus de variables que la précédente. Les stratégies ont des logiques, des clés, des rythmes.   Les éléments de force du Chavisme résident dans l’unité qu’il a maintenue et renforcée face à une telle attaque, la capacité de mobilisation et la richesse de son tissu social, qui comprend des communes, le Parti Socialiste Unifié du Venezuela, la milice nationale bolivarienne, ainsi qu’un grand sentiment d’appartenance populaire. La droite parie sur la casse de cette unité.
Une autre force du Chavisme réside dans l’articulation géopolitique qu’il a construite sur un continent principalement aux mains de revanchards de droite subordonnés aux Etats-Unis, et dans les alliances qu’il a forgées avec d’autres grandes puissances. Le gouvernement a renforcé ses liens avec la Russie et la Chine en particulier, encadrant la souveraineté du Venezuela dans le grand combat international. Cela s’est traduit par un soutien diplomatique, économique et militaire.
La principale fragilité réside dans la situation économique, par l’accumulation d’années de déclin, la situation actuelle et les perspectives. Les causes en sont la combinaison d’un blocus financier de plus en plus large, la prise d’espaces clés par des secteurs corrompus – Maduro les appelle « mafias de la corruption » -, la chute de la production pétrolière, liée au blocus, et la corruption, qui à son tour crée de nouvelles entreprises ; la structure interne de l’économie vénézuélienne et le manque de clarté sur la façon de résoudre la situation.
Avec ces variables nationales et internationales, politiques et économiques, il est difficile de prédire quels seront les résultats éventuels. Le chavisme se battra, avec ses contradictions, ses forces et sa passion. La décision finale des conspirateurs dépendra de l’évolution des variables, et de la décision de qui dirige les discussions, les discours, et finance les actions, c’est-à-dire les États-Unis.
Marco Teruggi
Pagina 12 / traduction : Venesol