Le Venezuela, « bouc émissaire » des politiques néolibérales

Depuis près de 20 ans, le Venezuela est devenu le centre de l’attention des médias et des tensions politiques, en Amérique latine mais aussi dans le reste du monde. Utilisant un cadre communicationnel peu scrupuleux et lié directement aux intérêts des puissants, de grandes matrices médiatiques sont dessinées dont le thème principal est systématiquement, et sans guère de nuances, la situation vénézuélienne.

Il suffit d’ouvrir un journal, un portail web ou un réseau social pour trouver de l’« information » sur le Venezuela, pointant du doigt une « dictature » et signalant la « répression », accusations qui ont commencé contre le commandant Chávez et dont le président Nicolás Maduro hérite. On dépeint le pays dans un chaos absolu, et la réalité est aggravée et déformée jusqu’au sadisme, alimentant le vampirisme de ceux qui voient le Venezuela comme un butin appétissant pour leurs intérêts coloniaux et impériaux.
Face à cela, il convient de poser une question : que se passe-t-il dans le reste de l’Amérique latine, loin du « centre d’attention » qu’est le Venezuela ? Que font les principaux gouvernements qui détractent le gouvernement vénézuélien ? À travers ce texte, je voudrais que nous examinions les silences stratégiques imposés par les grands médias, que nous répondions à la question de savoir pourquoi mille bêtises par jour se disent sur le Venezuela, alors qu’on ne dit absolument rien de ce qui se passe dans les pays gouvernés par des génocidaires de droite.
Faisons cette analyse dans l’ordre dans lequel sont sortis les tweets et les communiqués de soutien au coup d’État contre le peuple vénézuélien, messages qui reconnaissaient l’autoproclamation inconstitutionnelle comme « président par intérim » du député Juan Guaidó. Nous partirons donc des États-Unis, puis nous passerons par le Brésil avant d’arriver en Colombie.
Commençons par ces messieurs du Nord et de l’administration Trump. Nous constatons que si, d’une part, ils se sont chargés d’encourager, de promouvoir et de porter aux nues la migration économique des Vénézuéliens, de créer la vision internationale que c’est le résultat d’une « crise humanitaire » tout en ignorant que la situation est induite par le blocus permanent imposé par leur propre administration, d’autre part le gouvernement états-uniens a déclaré une guerre ouverte et totale contre plus de 7 millions de personnes qui ont rejoint la caravane des migrants d’Amérique centrale vers les Etats-Unis.
Gardons à l’esprit que l’origine des problèmes qui forcent ces milliers de personnes à quitter des pays comme le Honduras, le Guatemala et El Salvador, réside clairement dans l’application répétée et brutale des politiques néolibérales américaines contre ces pays, déchaînant une augmentation désastreuse de la pauvreté, de la violence et de l’impuissance envers la population qui ne trouve d’autre issue que de quitter contrainte et forcée ses terres.
Les 15 premiers jours du premier mois de 2019 s’étaient à peine écoulés que l’administration du magnat Donald Trump envoyait ses militaires à la frontière avec le Mexique pour empêcher les milliers de femmes, d’hommes et d’enfants de la caravane des migrants d’atteindre le sol américain. Rappelons-nous que ce n’est pas la première action anti-migration du magnat président, qui, dans des discours enflammés de haine, a exposé ses prétentions fascistes de construire un mur avec l’argent du peuple mexicain, une idée qui lui a coûté une chute brutale de popularité jusque dans son propre parti et qui a mis le gouvernement impérial face à un possible scénario de destitution.
Que dit-on de cette situation dans les médias traditionnels ? Très peu, presque rien et les quelques articles ou notes informatives racontent la situation de manière superficielle, jusqu’à avoir le toupet d’insinuer que cette migration était payée par le gouvernement du président Maduro pour masquer la situation au Venezuela… Où a-t-on vu une telle audace et un tel cynisme transmédiatiques !
Voyons un peu à présent ce qui s’est passé chez le géant sud-américain, le Brésil, avec ce président pentecôtiste ultra-conservateur, machiste et fasciste comme l’a souligné la campagne citoyenne #EleNao, qui a rassemblé des marches massives de protestation contre lui, ce président dont (quelques heures à peine après avoir accédé au pouvoir) l’une des premières actions a été de supprimer la Fondation Nationale Indienne (Funai) et de céder la délimitation et la reconnaissance des quilombos[1], terres appartenant aux communautés afrodescendantes, aux lobbies du Ministère de l’agriculture liés à la destruction des zones rurales et forestières qui font partie du patrimoine de l’humanité.
Avec ce transfert de la délimitation et de la reconnaissance, le président Bolsonaro laisse les populations afro-descendantes exposées aux diktats et aux intérêts d’un ministère manifestement partisan des entreprises minières, et il livre servilement des ressources naturelles pour engraisser des sociétés nord-américaines.
Mais devant l’objectif des grands médias, une telle prouesse néolibérale semble être peu de chose. Nombreux sont ceux qui ont détourné le regard et fait la sourde oreille aux revendications de dizaines d’organisations environnementales qui dénoncent le génocide qui s’accroît au Brésil depuis le début du gouvernement inconstitutionnel de Michel Temer et que le nouveau gouvernement Bolsonaro approfondit maintenant avec une audace sans limites.
Mais ce n’est pas tout, une crise humanitaire profonde et une réelle catastrophe humaine et environnementale se déroule actuellement au Brésil, après la rupture d’un barrage du géant minier Vale qui a provoqué une avalanche de déchets minéraux et de boue dans la ville de Brumadinho, faisant plus de 58 morts et 305 disparus, selon le dernier rapport de la Défense Civile du Minas Gerais.
Bien que le président Jair Bolsonaro a annoncé sur Twitter son intention de trouver les responsables de cette catastrophe, le maire de Mariana, Duarte Junior a critiqué le retard dans l’indemnisation des personnes touchées par le géant minier Vale.
D’autre part, Alessandra Cardoso, conseillère politique de l’Institut d’études socio-économiques (Inesc) a déclaré devant la presse que la rupture est liée à un grave manque d’attention sur l’usure de la structure, du fait des trois années où elle avait été hors service, tout cela avec la complaisance du gouvernement de fait de Temer et du président actuel Bolsonaro, qui depuis le début n’a fait qu’assouplir les règles et favorisé les compagnies minières.
Ce n’est pas la première fois qu’une catastrophe de cette ampleur se produit au Brésil. En 2015, un autre barrage de Vale, dans la région de Mariana dans le Minas Gerais a produit le même malheur, faisant 19 morts et des milliers de déplacés.
Comme si ce n’était pas assez, au cours des trois premières semaines de janvier de cette année, 68 femmes ont été assassinées dans 94 villes du Brésil suite aux violences machistes débridées, et selon les déclarations de O Globo sur son site Internet, la grande majorité des victimes sont des femmes noires. Dans le même temps, les politiques de prévention et d’éradication de la violence patriarcale au Brésil brillent par leur absence. On reste sans voix face à tant de vide institutionnel.
Last but not least : la Colombie, pays où, du 1er janvier 2016 au 10 janvier 2019, 566 leaders sociaux ont été brutalement assassinés, auxquels s’ajoute à présent Maritza Ramírez Chaverra, présidente du Conseil communal d’action Aguas Claras, à Tumaco, département de Nariño. Tout cela face à la passivité non seulement des médias nationaux et internationaux, mais aussi de l’actuel gouvernement de Duque, qui a montré peu d’intérêt à consolider la paix tant attendue par le peuple colombien après plus de 60 ans de conflit armé qui ont profondément marqué sa mémoire historique.
Rien de ce qui précède n’est à l’ordre du jour des instances internationales de débat telles que l’Organisation des États américains ou les Nations Unies, mais par contre, on assied le gouvernement vénézuélien sur le banc des accusés afin de déterminer s’il existe ou non un gouvernement constitutionnel légitime alors que cette légitimité est évidente, prouvée par les votes et les observateurs internationaux, et qu’il y a peu, dans les derniers jours de 2018, Nicolas Maduro a remis la 2.500.000ème maison du plan de logement « Vivienda Venezuela », un des programmes sociaux phares du chavisme que l’actuel président a poursuivi sans relâche, malgré le blocus et le sabotage par l’extrême droite nationale et transnationale.
On ne dit pas non plus qu’au Venezuela, l’objectif d’une pension à 100 % des personnes du troisième âge a été atteint grâce à la Grande Mission « amor mayor », qui bénéficie à plus de 4 millions d’adultes et personnes âgées. Il n’est pas fait mention non plus de l’accès aux soins de santé, de la gratuité de l’éducation maintenue dans un pays en difficulté, ni de la réforme de la loi sur le droit des femmes à une vie sans violence promulguée par Chávez et qui sera renforcée dans le deuxième gouvernement du Président Maduro par des mesures plus sévères pour sanctionner les féminicides et par l’augmentation des tribunaux pour la sanction et la prévention des violences machistes.
« Que celui qui a des yeux pour voir, voie », je crois que ces quelques phrases suffisent à mettre en évidence les intentions néolibérales de ceux qui dirigent les médias et l’utilisation incohérente qu’ils font de leurs salles de rédaction. Quoi qu’ils cachent sous la table, peu importe les mille et une diversions qu’ils organisent, il leur devient de plus en plus difficile d’étouffer l’odeur d’excrément qui émane de leurs bureaux. L’Amérique Latine se réveille et quoi qu’ils fassent, il n’y aura pas de retour en arrière sur ce chemin vers la liberté.

Marielis Fuentes (Marda Lunar)

Source : revista marea / Traduction : Venesol
[1] Au Brésil 3212 communautés quilombolas ont été reconnues depuis 2004. Début 2019, 230 territoires sont en attente de reconnaissance. Source : De Olho nos Ruralistas, 3 janvier 2019