Il y a différents standards démocratiques

Olivier Corten est licencié en sciences politiques et docteur en droit. Il est professeur à l’ULB et directeur du Centre de droit international et de sociologie appliquée au droit international.

Olivier Corten souligne une espèce de deux poids deux mesures de la part des États européens.

Qui de Nicolas Maduro ou de Juan Guaido est légitime, selon vous ?

Sur le plan de la légalité, le droit international ne fournit pas vraiment de réponse.
C’est-à-dire que c’est une question de droit vénézuélien : les élections ont-elles été conformes au droit vénézuélien ?
On pourrait aussi se demander si les normes internationales ont été respectées à l’occasion de l’organisation de ces élections. Mais il faut dire qu’en pratique, ces règles sont relativement souples. Il suffit de voir comment elles sont interprétées dans certains pays. Un exemple récent : celui du Congo. C’est pour cela qu’à mon sens, la légalité de l’élection présidentielle est déterminée essentiellement par le droit vénézuélien.
Comment jugez-vous l’attitude des États européens qui ont reconnu Juan Guaido ?
Il y a certes un doute quant au fait de savoir s’il n’y a pas des violations du droit international dans l’organisation des élections. Même la Cour pénale internationale a pu se saisir de la situation pour des violations de la liberté d’expression, de réunion, d’association. Celles-ci pourraient même être considérées comme un crime contre l’humanité si on interprétait le concept de façon large en disant, par exemple, que lorsque les forces de l’ordre ont tiré, ce furent des attaques contre la population civile. Je veux dire que là, il y a des débats à avoir ; mais sur le plan international, rien de tout cela ne justifie une reconnaissance d’un opposant comme étant le gouvernement. Surtout qu’il ne s’agit pas juste d’une reconnaissance mais de toute une politique coercitive qui vise à trancher un conflit interne en imposant la solution de l’extérieur. C’est pour cela, à mon sens, qu’on est dans le cas de politiques interventionnistes. Comparons de nouveau avec le Congo : on aurait là-bas reconnu quelqu’un d’autre que Tshisekedi… Autrement dit, visiblement, les standards démocratiques ne sont pas les mêmes partout. Pensez encore au Yémen où depuis des années on soutient un président élu avec 99,7 % des voix.
Sans être un grand expert, on peut se douter que cela n’a pas été un grand exemple d’élection démocratique… Si, à tout cela, on ajoute encore des considérations historiques – l’histoire est riche d’interventions des Etats-Unis dans les Etats latino-américains – on a vite une vision très critique de la politique des Etats européens et du Parlement européen.
MATHIEU COLINET ■ LE SOIR ■ Mar. 05 fév. 2019, Page 3