Se révèle à la lumière, l’auteur des coupures de courant au Venezuela

Le samedi 30 mars au soir, quelques heures après que Juan Guaido ait ordonné aux manifestants d’organiser une grande révolte en cas de retour des pannes de courant, celles-ci est revenue pour la quatrième fois en moins de 4 semaines dans la majeure partie du Venezuela. En écoutant le discours de Guaidó à San Antonio, n’importe qui muni d’un peu de critère indépendant peut se rendre compte qui est celui qui provoque et qui profite des pannes de courant massives qui secouent le Venezuela dernièrement.

Le soutien populaire pour Juan Guaidó diminue

Pour ce samedi 30 mars, le député Juan Guaidó, que les États-Unis et leurs alliés reconnaissent comme le « président en charge » du Venezuela, avait appelé à une série de grandes mobilisations à travers le Venezuela. Sur son compte twitter, on pourra observer qu’il s’est rendu à quelques-unes, mais aucune de grande importance à Caracas. On est loin du million de personnes dont parlait The Economist le 23 janvier.
Il semble que la capacité de mobilisation de l’Assemblée nationale ait perdu de l’importance, mais avec le temps, il devient de plus en plus clair celui qui est derrière les pannes de courant et qui cherche de manière désespérée à ce que les militaires étasuniens entrent au Venezuela pour les amener au pouvoir.
Quelques heures avant la quatrième méga-panne de courant au Venezuela, alors que Guaidó s’est vanté des 3 dernières coupures de courant au niveau national, et qui a fait que la plupart des journées de travail ne l’ont pas été, il a prédit et assuré que d’autres viendront… et que chaque fois qu’ils reviendront, il y aura un « peo« , une façon vénézuélienne de dire qu’il y aura des problèmes et manifestations dures.

Les pannes de courant ne sont apparues que lorsque Guaido est revenu au Venezuela, après avoir échoué avec son « jour D ».

Le paradoxe est que ce type de pannes de courant, les pires que n’importe quel pays du monde ait jamais connues d’environ ou plus d’un million de kilomètres carrés (comme c’est le cas du Venezuela), ne sont apparues que 3 jours exactement après le retour de Guaidó à la suite d’une tournée intercontinentale de 10 jours avec le responsable des affaires de l’hémisphère occidental de Trump et de la CIA… et 2 jours après que Guaidó eut annoncé des grèves de production échelonnés qui ne se sont jamais réalisés.
Aujourd’hui, il existe la technologie permettant de détruire les services de lumière ou d’eau d’un pays par le biais des cyber-attaques, des attaques électromagnétiques, des nano-robots ou des tirs sur des cibles faites par un franc-tireur situé à des kilomètres, qui ont déjà été utilisés dans d’autres conflits.
Tout semble indiquer qu’il existe une stratégie dirigée par les Etats-Unis qui cherche à nuire les services d’électricité et d’eau ainsi que l’économie vénézuélienne pour provoquer le chaos, une explosion sociale, une crise humanitaire et une intervention militaire « humanitaire ».

Appeler les Etats-Unis à envahir leur pays pour qu’ils soient emmenés au pouvoir.

Dans son dernier discours, Guaidó a répété encore une fois qu’il allait demander l’application de l’article 187 de la Constitution qui autorise l’Assemblée nationale à accepter l’entrée de missions militaires étrangères, mais seulement dans un contexte d’ordre diplomatique et non d’invasion militaire… Le même article pénalise le président de ce parlement lorsqu’il quitte le pays pendant plus de 5 jours sans accord préalable (ce que l’Assemblée nationale ne fit pas le 22 février, lorsque Guaido surpris tout le monde en se rendant Colombie et puis partit dix jours en tournée internationale).
Sans aucun soutien de l’armée ou de la police vénézuélienne, et avec de moins en moins de capacité à pouvoir créer des impacts ou à mobiliser les gens, le seul espoir de Guaidó est que les sanctions contre les Vénézuéliens affaiblissent le gouvernement (bien qu’en fait… ils affaiblissent Juan Guaido) et que les États-Unis lancent une invasion, ce qui, étant donné l’étendue du territoire et de la population du Venezuela, ainsi que le degré de soutien populaire et militaire en faveur du chavisme, pas moins de 100.000 soldats étasunien devraient se préparer à un conflit qui pourrait être aussi long que celui de l’Afghanistan ou du Vietnam, qui, à son tour, serait compliqué par le soutien russe et chinois à Maduro.
Enfin, le fait que le mouvement Guaidó n’est ni démocratique ni constitutionnel s’est également révélé à ce stade. Selon la Constitution vénézuélienne, la figure du président par intérim ne dure qu’un mois, laps de temps au cours duquel des élections présidentielles doivent être convoquées. Nous approchons maintenant du troisième mois et, au lieu d’avoir convoqué des élections, Guaidó parle de « gouvernement de transition » (ce qui est inconstitutionnel), et qui serait en charge d’appliquer un « plan pays » de privatisations et d’ajustements économiques pour pouvoir ensuite, dans 6 à 12 mois, organiser des élections.

Vers une dictature

Dans les faits, Guaidó veut imposer une nouvelle dictature dirigée par quelqu’un qui n’a jamais été élu à la présidence et qui n’a jamais rivalisé avec personne pour exercer une telle position et qui doit être imposé par les troupes d’occupation étrangères, qui ne peuvent gagner qu’au prix d’un immense bain de sang.
Entre-temps, le délai d’un mois est passé, et Guaidó ne prétend toujours pas être le seul porte-parole du pouvoir exécutif ainsi que du pouvoir législatif et ignore toute résolution du pouvoir législatif, il concentre en une seule personne les trois pouvoirs qui dans toute démocratie doivent rester indépendants les uns des autres.
Guaidó est le seul président dans l’histoire du continent qui n’a jamais nommé ses ministres ou son cabinet, et qui ne nomme que des ambassadeurs et les directeurs des entreprises volées par les États-Unis à l’État vénézuélien.

Intransigeance

Avec ce type de politiques, il est possible que Guaidó s’isole et génère des critiques au sein de l’opposition, tandis que de nombreux hommes d’affaires se méfient de quelqu’un qui est lié à des pannes d’électricité qui nuisent à leur production, leurs investissements, leur approvisionnement et leur sécurité, ce qui fait augmenter la criminalité et le pillage, et génère une explosion sociale possible. Une éventuelle intervention militaire étrangère est quelque chose qui finirait par produire des bombardements contre des usines ou les résidences de tous.
L’intransigeance de Guaidó à ne vouloir aucune forme de dialogue et à ne participer à aucune élection déclenchée par le gouvernement pourrait finir par porter un gros coup à la droite vénézuélienne actuelle, qui à chaque fois s’avère perdre sa propre identité pour devenir une simple marionnette de Trump,

Affaiblissement

Si Guaidó continue à s’affaiblir, il traînera son discrédit à un large éventail de partis qui se sont associées à lui, tandis qu’il sera inévitable que de nouveaux secteurs de droite plus intelligents cherchant à conclure des accords avec lechavisme et le commandement militaire dans le but d’éviter de nouvelles sanctions et préjudices aux services public et que soit approuvé un nouveau plan de réactivation économique.
Ce dernier point n’est peut-être pas bien vu par la gauche radicale qui veut profiter de la crise pour « approfondir la révolution » et exiger l’expropriation de tous les capitalistes et le non-paiement de la dette extérieure, mais c’est une alternative plus raisonnable pour les entreprises que les provocations de Guaidó qui conduisent à une impasse et qui, au lieu que le pays marche vers une économie de marché, mène à des nationalisations.
Pendant ce temps, ce que nous voyons au Venezuela est une impasse dans laquelle les forces pro-étasuniennes sont de moins en moins capables de prendre le pouvoir, mais le gouvernement est incapable d’exercer pleinement son autorité en réprimant la sédition. Les forces armées jouent un rôle de plus en plus important et sont devenues la clé qui décide de la situation.
Isaac Bigio
Economiste politique et historien à la London School of Economics.
sigloXIX / traduction : Venesol