Sans lumière, sans opposition et sans devenir une chaviste

Je suis sans électricité depuis plusieurs jours, l’eau n’est pas encore arrivée chez moi et je n’ai jamais été une partisane de ce gouvernement ni d’aucun autre d’ailleurs. Mes humeurs politiques ont toujours essayé d’amener un changement dans le pays sans y parvenir, mais je n’ai jamais voté pour ceux qui gagnent. Mon meilleur souhait aujourd’hui est que la lumière revienne, qu’il y ait de l’eau et que je puisse aller me baigner, laver mes enfants et faire un bon repas, je suis fasciné par la cuisine et sans électricité mes ustensiles ne fonctionnent pas.
Alors, je vais sur les réseaux sociaux pour voir ce qui se passe dans le pays et je tombe sur des déclarations du gouvernement que je ne lis même pas… certains de mes dirigeants provoquent chez moi une colère digne d’écrire ces lignes. Comment se fait-il que la lumière reviendra lorsque Maduro sera parti ? Comment se fait-il que tuer Maduro fera que nous allons avoir de l’eau et les services de base vont fonctionner ? Pour reconstruire l’économie et les services publics Donald Trump devra envoyer une armée et nous envahir ?
Je ne sais pas à quel moment un groupe de dirigeants, pour qui j’ai voté toute ma vie, est passé du statut de Vénézuéliens à celui d’étasuniens, je ne sais plus dans quel pays ils vivent, ni s’ils ont de la lumière dans leur maison ou s’ils ont réussi à se baigner avant la dernière coupure de courant. Je suis très intéressé de savoir quels Vénézuéliens, parmi ceux d’entre nous qui sont sans eau et sans électricité depuis plusieurs jours, ont été consultés ou du moins approchés pour valider leurs « propositions », si on peut appeler cela des « propositions », pour sortir de la crise actuelle. Ils m’ont mis hors de moi, dégoûté et déçu de telles « propositions politiques ».
Ces dirigeants n’ont aucune idée de ce que nous, les Vénézuéliens, voulons. Je n’aime pas ce gouvernement, je n’en veux pas, je ne pense pas que j’en voudrais, mais faire dépendre l’électricité, l’eau, l’économie et la tranquillité de moi-même et de mes voisins au fait que Maduro quitte le pouvoir est une anomalie que je ne peux accepter. Ici, il y a eu des élections auxquelles j’ai participé en 2018, ils nous ont dit « si nous votons, nous gagnons » et maintenant les dirigeants demandent aujourd’hui une intervention étrangère et appellent à ne plus voter. Ils sont les coupables que Maduro reste au pouvoir, ils ont annulé la participation des opposants aux élections de 2018… ils n’ont aucune raison de détruire le pays en raison de leur irresponsabilité envers la démocratie.
Il suffit de regarder les chavistes qui marchent toute la journée dans la rue en faisant des milliers de choses, en se mobilisant, en livrant de la nourriture, de l’eau, des médicaments, même chez moi ils sont venus me demander si j’avais besoin de quelque chose, si j’avais une urgence… Puis j’ai regardé sur le Twitter et ce que je vois c’est que M. Guaidó me demande de taper sur mes casseroles pour exiger la fin de Maduro, et pour protester tant que la lumière n’est pas là. C’est le comble de la stupidité, quand la lumière s’éteint, ce que je fais, c’est protéger mes enfants et veiller à ce qu’ils puissent manger avant de nous coucher, je désespère parce mes messages n’arrivent pas à ma mère et je m’inquiète pour la mère du voisin qui est à la clinique… Alors, quelles casseroles vais-je endommager pour faire sortir les gens dans la rue ?
C’est pourquoi les Chavistes se moquent de l’opposition, c’est pourquoi ils disent que nous vendons notre patrie et que nous dépendons de Trump et son gouvernement. Mais si ça vaut quelque chose, je veux qu’ils sachent que je ne suis pas dans la même position. Je suis heureuse quand la lumière revient, je suis heureuse quand il y a de l’eau, je suis heureuse quand je peux cuisiner, appeler ma mère, savoir que mon voisin va bien, quand mon mari rentre du travail, je suis heureuse avec ces choses-là et j’espère qu’un jour une opposition émergera qui n’a rien à voir avec ce non-sens de mettre en péril le pays et la vie des gens et faire les choses par une voie démocratique.
Andrea Fuentes de Castellanos
De las Redes a las Calles / Traduction : Venesol