La Bolivie, Israël, le Brésil et les évangélistes : une alliance en construction

Comme le Brésil, le gouvernement de facto de la Bolivie resserre ses relations avec Israël, un État dénoncé à l’échelle international pour commettre des violations massives des droits humains.

Depuis que le gouvernement de facto de Jeanine Añez est entré en fonction en Bolivie, les liens politiques et diplomatiques avec le gouvernement des États-Unis ont été renforcés, de sorte que les nouvelles relations étrangères avec l’administration de l’État d’Israël sont passées relativement inaperçues pour une grande partie de l’agenda médiatique international. La vérité est que les liens sont plus forts qu’on aurait pu s’y attendre, même avant le coup d’État qui a renversé Evo Morales. Parmi les mesures dont on a le plus parlé, il y a eu l’élimination des visas pour les Boliviens qui voulaient se rendre en Israël, ce qui a permis de « promouvoir » le tourisme entre les deux pays. Añez a accusé l’ancien président Morales de privilégier l’idéologie, pour faire place à « la politique personnelle, plutôt qu’à la politique d’État », tout en assurant que le gouvernement du Mouvement vers le Socialisme (MAS) entretenait des « préjugés » contre Israël. L’État israélien, à son tour, s’est engagé à « collaborer » sur les questions de « sécurité intérieure » avec la Bolivie.

L’ancien président a exprimé la crainte que ce rapprochement serve avant tout à justifier l’ingérence étrangère israélienne dans la politique intérieure bolivienne. Dans un tweet, il précise : « Le gouvernement de facto demande au gouvernement sioniste d’Israël de l’aider à combattre la gauche. Les dirigeants du coup d’État sont des gens violents, qui ne respectent pas la liberté, la dignité et l’identité ». Il se trouve que le gouvernement Añez a demandé le soutien d’Israël pour « combattre le terrorisme de gauche ». Le ministre Arturo Murillo s’est exprimé en ces termes, affirmant que les forces armées israéliennes « ont l’habitude de traiter avec les terroristes ».

De cette façon, le gouvernement de facto de la Bolivie identifie l’opposition démocratique du MAS avec le Hezbollah et les groupes armés palestiniens. Cette demande s’inscrit dans e cadre des accusations de Murillo contre Nicolas Maduro et le gouvernement vénézuélien. Selon le ministre, le leader bolivarien est à l’origine d’un plan visant à déstabiliser les gouvernements démocratiques de la région. Ceci a pour but de faire croire que la gauche bolivienne a un lien présumé avec Maduro et le trafic de drogue.

De son côté, la situation interne du gouvernement de Benjamin Netanyahu ne vit pas son meilleur moment en 2019. Le premier ministre conservateur, Bibi ainsi qu’on le nomme en Israël, est sur le point de perdre le pouvoir depuis des mois. Le leader du Likoud est toujours empêtré dans une crise politique qui pourrait l’obliger à convoquer de nouvelles élections de façon imminente. Pour l’instant, il continue à renforcer ses liens avec la droite latino-américaine. Le 15 décembre dernier, Eduardo Bolsonaro, membre du Congrès et fils du président brésilien, était présent à l’inauguration d’une représentation économique du Brésil à Jérusalem. Il y a réaffirmé l’engagement du gouvernement brésilien d’ouvrir une ambassade dans cette ville d’ici l’année prochaine, ce qui a été fêté par le premier ministre israélien encore en poste. Jusqu’à présent, seuls les gouvernements des États-Unis et du Guatemala — de l’évangéliste Jimmy Morales — ont fait cette promesse. Selon Bolsonaro, son père a affirmé que « c’est absolument certain, c’est un engagement, il déplacera l’ambassade à Jérusalem, il le fera ».

Il existe des liens évidents entre la droite évangéliste latino-américaine, qui a fait irruption avec force sur la scène politique régionale ces dernières années, et les secteurs plus conservateurs du gouvernement de l’État d’Israël. Steve Bannon, le leader du Mouvement, qui regroupe tous les mouvements européens d’extrême droite — dont le représentant en Amérique latine est Eduardo Bolsonaro — est également un fervent défenseur de la politique de Netanyahou. De fait, le président brésilien s’est rendu en Israël lors d’un de ses premiers voyages à l’étranger après son élection. Il l’a fait à nouveau en mars de cette année pour rencontrer Nétanyahou. Avant d’être élu président, il avait même envoyé une lettre à l’ambassade d’Israël au Brésil, répudiant les déclarations de la présidente de l’époque, Dilma Rousseff, lorsqu’elle avait critiqué l’offensive israélienne à Gaza comme étant « disproportionnée » en représailles aux attaques du Mouvement de la résistance islamique (Hamas).

Le rôle joué par les évangélistes dans cette alliance est fondamental. Parmi eux se trouve le pasteur Marcos Galdino de l’Assemblée de l’Église évangélique de Dieu à Sao Paulo. Le pasteur, un militant pro-Bolsonaro bien connu, défend l’alliance avec Israël pour des raisons religieuses et terrestres. Il affirme que la réalisation de la prophétie biblique de la résurrection de Jésus ne pourra s’accomplir que si Jérusalem est sous la pleine domination juive. En même temps, il justifie l’alliance par des échanges militaires et de technologies. En ce qui concerne la balance commerciale, le Brésil a eu un déficit de 850 millions de dollars en 2018 avec Israël. L’alliance entre Israël et le gouvernement Bolsonaro est dès lors clairement plus politique et idéologique qu’économique. Il n’est donc pas surprenant que le gouvernement d’Añez, ouvertement soutenu par le Brésilien, tente de suivre sa voie en renforçant les relations politiques et diplomatiques avec l’État hébreu.

Les nouvelles relations diplomatiques entre Israël et la Bolivie démontrent, une fois de plus, la militarisation croissante de la région. L’Amérique latine est historiquement une zone de paix, où, au-delà de certains cas particuliers, il n’y a pas eu depuis plusieurs décennies de conflits majeurs avec des groupes terroristes armés. Tenter d’assimiler la situation des pays de la région à ce qui se passe au Moyen-Orient est non seulement un produit de l’irréalité politique, mais aussi quelque chose de très dangereux.

Un gouvernement issu d’un coup d’État, qui n’a pas encore montré une intention réelle de normaliser la situation politique par des moyens démocratiques, qui a imposé des mesures fortement anti-populaires — telles que des hausses de tarifs sans discernement et la fin des programmes sociaux emblématiques du gouvernement Morales — ne peut être maintenu au pouvoir que par la répression. Pour cela, le soutien de pays comme les États-Unis et Israël, est fondamental. Il reste à voir quelles seront les ramifications régionales et internationales du conflit bolivien, qui, comme tout l’indique, ne fait que commencer.

Gonzalo Fiore Viani

La tinta / Traduction : Venesol